Métamorphoses
du désir et du dégoût
C'est aussi sur le corps féminin que travaille Anne-Sophie
Maignant : mais ici l'expérience aa du choc ne s'ancre pas dans un quelconque modèle religieux
(Service municipal d'arts plastiques de Choisy-le-Roi 15 septembre-5
octobre). Elle trouve sens par rapport à la peinture
de Francis Bacon, dont l'auteur tente de proposer un équivalent
photographique.
Pour autant, il ne s'agit pas de "répéter"
Bacon, mais de se l'approprier, de le faire sien, d'en donner une
version tout à la fois modeste et singulière, en première
personne. D'où la mise en uvre d' "autoportraits
en mouvement à vitesse lente et déclencheur à
retardement", qui introduisent délibérément
dans l'acte photographique le hasard, l'aléatoire, la perte
du contrôle.
Dans un intérieur anonyme, lieu générique,
sans qualités, où viennent s'insérer quelques
éléments d'une réalité quelconque -
un matelas, une chaise, un radio-réveil dont les chiffres
en lettres rouges scandent le temps de la défiguration et
opposent un contrepoint graphique à l'une des couleurs de
prédilection du corpus, le vert cru - Anne-Sophie Maignant
bouge, se décompose, se désarticule, perdant face
humaine, chair informe que vient parfois redoubler, comme en écho,
la projection floue, en arrière-fond, du buf écorché
de Rembrandt.
Jouant ainsi sur la combinatoire d'éléments stables
et toujours en nombre réduit, la photographe propose "les
états déclinés d'une figuration qui, dans la
peinture, est condensée" .
Le corps défiguré devenu chair-viande, chair promise
à l'abattoir, rejoint ainsi l'interrogation menée
par Ann Mandelbaum et Anèle Bonzon sur le devenir de toute
incarnation.
Dominique Baqué
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